Boeing : démission du DG Dennis Muilenburg après un an de crise du 737 Max

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Dennis Muilenburg lors de son audition par le Congrès américain, en octobre dernier. Olivier Douliery / AFP
Dennis Muilenburg, President and CEO of the Boeing Company testifies before the House transportation and infrastructure Committee October 30, 2019 in Washington, DC. (Photo by Olivier Douliery / AFP)

 

Cette annonce clôt une année noire pour l’avionneur américain, confronté au scandale de deux catastrophes aériennes dans lesquelles l’un de ses modèles, le 737 Max, est mis en cause.

Dennis Muilenburg, le directeur général de Boeing, a présenté sa démission et cette dernière a été acceptée, a annoncé ce lundi le constructeur aéronautique. Après plus d’un an de rebondissements, le scandale du modèle 737 Max aura donc finalement emporté l’homme d’affaires.

Dans un communiqué, Boeing précise que le directeur financier de l’entreprise, Greg Smith, exercera les fonctions de DG par intérim, durant la période de transition. Il sera ensuite remplacé par David Calhoun, actuel président, à compter du 13 janvier prochain. À cette date, ce dernier cumulera les postes de président et directeur général. «Dave possède une expérience approfondie de l’industrie, ainsi qu’un historique avéré de leadership solide, et il accepte les défis auxquels nous devons faire face», estime le groupe. En face, l’intéressé a déclaré croire «fermement en l’avenir de Boeing et du 737 Max». Il s’est également dit «honoré de diriger cette grande entreprise».

«Le conseil d’administration a décidé qu’un changement de direction était nécessaire pour restaurer la confiance dans la société alors qu’elle s’efforce de rétablir les liens avec les autorités de réglementation, les clients et toutes les autres parties prenantes», explique l’avionneur américain. Par ailleurs, soucieux de rétablir la «confiance», l’entreprise promet de mettre en oeuvre une «transparence totale» et une communication renforcée avec les régulateurs mondiaux, dont la Federal aviation administration (FAA) américaine, ainsi qu’avec ses clients.

Deux crashs polémiques

La décision de l’avionneur semble avoir été accueillie favorablement par les marchés financiers : en début de séance, l’action Boeing prenait plus de 3,5%, à un peu plus de 335 dollars. En mars dernier, peu avant la catastrophe d’Ethiopian Airlines, la valeur de l’action tournait autour de 430 dollars, soit une perte d’environ 20% en un peu moins de 10 mois.

La démission de Dennis Muilenburg intervient dans le contexte de fortes turbulences traversées par Boeing. L’année 2019 a été une véritable annus horibilis pour l’avionneur américain, confronté au scandale de deux catastrophes aériennes dans lesquelles l’un de ses modèles, le Boeing 737 Max, est mis en cause : celle de Lion Air, en octobre 2018, où 189 personnes ont perdu la vie, et celle d’Ethiopian Airlines, en mars dernier, qui a 157 morts. Dans les deux cas, le logiciel du 737 Max avait été pointé du doigt.

Défaillance du logiciel anti-décrochage

Les enquêteurs indonésiens ont été les premiers à pointer du doigt une conception et une certification inadaptées du logiciel anti-décrochage «MCAS». Conçu spécialement pour le MAX, aux moteurs plus lourds que ceux de la génération précédente de 737, ce logiciel était censé empêcher l’avion de partir en piqué, notamment en cas de perte de vitesse. Le système s’est activé automatiquement dans les deux catastrophes après avoir reçu des informations erronées indiquant que l’avion était en décrochage. Les pilotes ne connaissaient pas l’existence de ce système puisqu’il n’était pas dans les manuels de vol.

Ce modèle est donc, depuis mars, cloué au sol par les régulateurs mondiaux, en attendant que Boeing apporte les preuves qu’il n’est pas dangereux pour la sécurité des voyageurs.

“Nous savons que nous avons commis des erreurs et que nous nous sommes trompés sur certaines choses.”

Dennis Muilenburg lors de son audition par le Congrès américain.

Quelques mois plus tard, en octobre, Muilenburg avait dû faire face à l’épreuve redoutée de l’audition au Sénat américain, l’occasion pour lui de faire un mea culpa face aux élus. «Nous savons que nous avons commis des erreurs et que nous nous sommes trompés sur certaines choses. Nous assumons notre responsabilité et nous sommes en train de corriger ces erreurs», avait-il notamment déclaré. Ses promesses n’avaient toutefois pas convaincu les sénateurs, qui avaient laissé libre cours à leur colère. « Je ne veux pas monter dans cet avion », lui avait lancé l’élu du Montana, John Tester. Son collègue du Connecticut, Richard Blumenthal, avait qualifié l’avion de «cercueil volant». Au même moment, Denis Muilenburg avait été remplacé à la tête du conseil d’administration de l’avionneur par David Calhoun, un directeur indépendant. Ce dernier va donc prendre les rênes de l’entreprise à partir de l’an prochain.

Source : Le Figaro